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Il y a quelques semaines, j’ai réussi à traîner Monsieur Perle à une conférence : « Nourrissons l’enthousiasme chez nos enfants ». Dans la voiture, rapidement, après sa grosse journée de travail écourtée pour m’accorder ce plaisir à deux, il ressent tout de même le besoin de se mettre jour :
« On va voir qui aujourd’hui au fait ?
– André Stern mon chéri.
– … ? »

André Stern est auteur, conférencier, journaliste, musicien, compositeur, luthier, …Et il n’est jamais allé à l’école !
Pourtant André est le fils d’Arno du même nom, chercheur et pédagogue, cela ne s’invente pas. Ses parents ont préféré rompre avec certaines idées reçues. Sa mère écrit à ce propos : « L’école, dans sa rigidité structurelle, est gaspilleuse de la précieuse énergie des commencements. « Le moment d’enfance » est le capital naturel, mais irremplaçable, sur lequel se fonde la vie de chacun – a-t’on le droit de l’ignorer sans fin ? »

Je sens que je vais me régaler…

En effet, la conférence commence et André Stern attaque directement dans le vif du sujet :

« Que fait un enfant quand on le laisse tranquille, s’il en a le temps et l’espace ? Oui, il joue.  »
On sait que le jeu est l’outil d’apprentissage le plus adapté. Regardons la période de la vie où nous apprenons le plus, cette période où la rapidité d’apprentissage est fulgurante… Il n’y a rien de mieux que de J O U E R pour apprendre.

La question qui découle de ce constat est simple : pourquoi nous acharnons-nous à interrompre les enfants quand ils jouent ? La réponse est tout aussi simple. Je vous la fais courte ici : Notre système éducatif, sociétal, a tellement réussi à dévaluer cette activité que nous n’en voulons plus…
Pourtant, apprendre, jouer, vivre sont des synonymes pour l’enfant. Et nous avons réussi à les opposer sous le spectre du sérieux.
J’ai beaucoup aimé l’idée de « consanguinité intellectuelle » pratiquée par le monde adulte, qui nous empêche de jouer et donc d’apprendre aussi bien qu’un enfant peut le faire.

Mais revenons à nos moutons. Nous venions de voir qu’apprendre, jouer et vivre étaient synonymes. Alors que se passe-t’il donc dans la tête d’un enfant auquel on demande de s’arrêter de jouer pour… apprendre ?!
Et bien cela lui fait le même effet que si l’on vous demande de respirer sans prendre d’air…
Belle injonction paradoxale, non ?!
Or l’enfant ne remettra pas en question l’adulte, il pensera que c’est lui qui a un problème.

Nous savons bien, on s’en doutait mais c’est désormais prouvé scientifiquement, notre cerveau se développe là où nous l’utilisons avec enthousiasme. L’enthousiasme est notre meilleur engrais cérébral : pour que les apprentissages soient durables, il faut que les centres émotionnels soient activés. Voyez un peu, il a été mesuré que les enfants de 2-3 ans vivent des tempêtes cérébrales toutes les deux à trois minutes. Les enfants baignent du matin au soir dans l’enthousiasme, ce formidable engrais…
Il a été mesuré la même chose chez les adultes, il s’agit d’une moyenne mondiale certes, mais figurez vous qu’un adulte s’enthousiasme …deux à trois fois par an… !!! Cherchez l’erreur !

Il n’y a donc d’apprentissage durable que s’il y a activation des centres émotionnels.
Pourtant, notre société accepte que l’on oublie en moyenne 83% de ce que l’on a appris à l’école…!!
Pourtant, lorsqu’apprendre est un effet secondaire, on ne se rend même pas compte de l’effort…
Cherchez encore l’erreur !

Pour André Stern, il est temps de revoir notre attitude face à l’enfance, cette attitude qui nous empêche de nous enthousiasmer nous-même, sous couvert des codes génétiques moraux régissant notre société. Trouvons une nouvelle attitude face à l’enfant.
Les adultes sont persuadés que leur mission est d’éduquer l’enfant. Inversons la question : Que pourrais-je apprendre de l’enfant ?

Notre conférencier, mi-séducteur mi-provocateur, vise juste et s’amuse.
Vous conviendrez qu’une phrase comme « Les enfants ont besoin de limites » fait consensus en société, dans le monde de l’éducation ou celui de la famille.
Pourtant, changeons un seul mot de cette phrase, et voyons comme elle en devient choquante : « Les femmes, les noirs, les homos, etc. ont besoin de limites ».
Il nous bouscule l’André ! Il nous incite à reléguer nos vieilles croyances un peu poussiéreuses et bien trop rigides au grenier. Il nous apporte des évidences, et pourtant… qu’en avons-nous fait de ces évidences ? Il nous invite à réfléchir, à retrouver l’enfant qui est en nous, à sortir de cette inhibition institutionnelle qui arrange bien tout le monde.

Tout repose sur la C O N F I A N C E , celle que nos parents ne nous ont pas accordée ou pas transmise, celle que l’on ne se fait pas, ou plus, celle que l’on n’accorde pas à nos propres enfants puisque nous n’en avons plus nous-même.
Retrouvons cette confiance !

R A V I E , rassérénée par la soirée que je viens de passer, par tout ce que je viens d’entendre, je n’en demandais pas autant, même Monsieur Perle est conquis (c’est dire 😉 !!). Tout va bien, il n’est pas allé à l’école mais il est normal, ce n’est pas un sauvage sorti de sa campagne, analphabète et asocial… Alors, ouf, il peut  être crédible !

André Stern termine par cette autre évidence : « Il n’y aura pas de paix sur terre tant que notre attitude vis-à-vis de l’enfance ne changera pas. » Ca aussi, cela devrait faire consensus. Et pourtant, pourtant…

2 comments on “« Nourrissons l’enthousiasme chez nos enfants ! »”

  1. Quoi??? T’as réussi à traîner monsieur Perle?? Wouhaouuh … 😉
    Ms sinon, merci pour ce résumé, très instructif …

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